3,7 millions de mètres carrés : c’est la surface cumulée des projets concernés par la RE2020, chaque mois, en France. Ce chiffre n’a rien d’anodin pour un secteur qui, jusqu’ici, avançait à petits pas sur le terrain de la transition écologique.
Depuis le 1er janvier 2022, toute demande de permis de construire pour un bâtiment neuf doit respecter la RE2020. Cette exigence incombe à tous les acteurs du secteur immobilier, sans distinction de taille ou de localisation du projet.
Les prochaines échéances réglementaires, déjà programmées pour 2025, 2028 et 2031, imposeront des critères de performance énergétique et environnementale plus stricts. Les professionnels doivent adapter leurs pratiques et anticiper les évolutions pour éviter les sanctions, assurer la viabilité de leurs opérations et répondre aux attentes croissantes en matière de développement durable.
Pourquoi la RE2020 marque un tournant pour le secteur immobilier
Le secteur immobilier fait face à une transformation qu’il n’avait jamais connue auparavant. Avec la RE2020, impulsée par le ministère de la transition écologique, la donne change radicalement. Fini le temps où seule la consommation énergétique dictait la loi : désormais, chaque bâtiment doit rendre des comptes sur l’ensemble de son cycle de vie.
Le niveau d’exigence grimpe : il ne s’agit plus simplement de contenir les besoins en chauffage ou en climatisation, mais de s’attaquer à l’impact carbone tout au long de la vie d’un bâtiment, de la construction à la démolition. Tout est pris en compte : les émissions de gaz à effet de serre liées aux matériaux, aux techniques de construction, à la gestion des déchets. Désormais, le bilan carbone englobe la production du béton, le transport des éléments, l’assemblage sur site.
Cette nouvelle réglementation environnementale impose une remise à plat complète des pratiques. Impossible d’improviser : chaque étape, chaque choix technique doit être pensé à travers le prisme d’une analyse du cycle de vie rigoureuse. Les professionnels du secteur immobilier documentent, justifient et prouvent la cohérence de leur démarche, sous peine de voir leur dossier recalé. La France s’affiche ainsi en pionnière, expérimentant à grande échelle la réduction de l’empreinte carbone du secteur du bâtiment.
Les enjeux ne se limitent pas au respect des seuils. Ils engagent la capacité du secteur à faire évoluer ses méthodes, à intégrer l’économie circulaire, à anticiper la montée en puissance des exigences prévues pour 2025, 2028 et 2031. L’objectif affiché : hisser le secteur immobilier vers la neutralité carbone d’ici 2050.
Objectifs et exigences clés de la réglementation environnementale 2020
La réglementation environnementale 2020 (RE2020) fixe un nouveau cap à la construction neuve et transforme en profondeur la notion de construction durable. Trois objectifs structurent cette évolution : améliorer la performance énergétique, abaisser l’impact carbone sur l’ensemble du cycle de vie et garantir le confort d’été sans recourir massivement à la climatisation.
Voici les exigences majeures imposées par la RE2020 :
- La consommation d’énergie primaire doit rester sous des seuils stricts, déterminés en fonction du type de bâtiment.
- L’empreinte carbone des matériaux devient aussi structurante que la performance thermique. Les maîtres d’ouvrage doivent prouver la provenance et la nature des matériaux, et sont encouragés à privilégier les matériaux biosourcés tels que le bois, le chanvre ou la paille.
- L’analyse du cycle de vie (ACV) devient un outil incontournable : chaque projet doit présenter un bilan global, intégrant extraction, production, transport, usage et fin de vie.
Le recours aux énergies renouvelables s’impose de plus en plus. Objectif : limiter la dépendance aux énergies fossiles et favoriser une production locale, qu’elle soit solaire, géothermique ou autre. La mise en œuvre de la RE2020 va bien au-delà d’une simple accumulation de normes : elle modifie en profondeur les méthodes de conception et les pratiques sur les chantiers.
Les bâtiments neufs doivent anticiper leur impact environnemental sur plusieurs décennies. Les acteurs du secteur s’appuient sur l’innovation, réinterrogent toute la chaîne de valeur, se dotent de nouveaux outils pour répondre à la pression réglementaire. Chaque permis de construire devient désormais une preuve d’engagement réel en faveur de l’environnement.
Dates d’application, échéances à venir et préparation des professionnels
La réglementation environnementale RE2020 concerne en France tous les bâtiments neufs dont le permis de construire est déposé depuis le 1er janvier 2022 pour les maisons individuelles et les logements collectifs. Les extensions et la construction de bureaux sont aussi concernées depuis l’été 2022. Le calendrier s’accélère et chaque acteur de la construction doit se préparer à des exigences toujours plus élevées, pour accompagner la mutation du secteur immobilier.
Les seuils de performance énergétique et d’émissions de gaz à effet de serre seront renforcés par étapes en 2025 puis 2028, conformément à la feuille de route du ministère de la transition écologique. Personne n’est épargné : promoteurs, architectes, bureaux d’études, artisans… Tous revoient leur approche du diagnostic de performance énergétique et intègrent de nouveaux outils d’analyse du cycle de vie.
Un défi de formation et d’adaptation
Face à ces évolutions, les professionnels du secteur mènent plusieurs actions concrètes :
- Les sessions de formation sur la mise en œuvre des nouveaux standards se multiplient.
- Les filières matériaux, notamment celles axées sur le biosourcé, élargissent leur offre pour répondre à une demande croissante.
- Les outils numériques de modélisation et de suivi du bilan carbone deviennent des alliés stratégiques pour piloter les projets.
Dans ce contexte mouvant, la réglementation environnementale évolue vite, sous la pression des échéances et des attentes de la société. De la conception à la livraison, chaque étape du projet est repensée sous le regard attentif des autorités publiques.
RE2020, RE2028, RE2031 : quelles évolutions attendre pour l’immobilier ?
Les jalons sont posés. Si la RE2020 a ouvert la voie, les échéances 2028 et 2031 dessinent déjà le futur du secteur immobilier. La réglementation environnementale poursuit sa montée en puissance, guidant le secteur vers la neutralité carbone à l’horizon 2050, en cohérence avec les ambitions européennes.
Dès RE2028, les exigences sur l’impact carbone des bâtiments seront accrues. Il faudra aller plus loin : accentuer la réduction de l’empreinte carbone sur l’ensemble du cycle de vie. Les matériaux bas-carbone, le réemploi, l’économie circulaire deviendront des standards attendus. Les méthodes constructives intégreront la préservation de la biodiversité et la gestion raisonnée des ressources rares. Les objectifs dépassent la seule dimension énergétique : ils englobent la gestion des déchets, la sobriété foncière, l’intégration paysagère.
En 2031, la barre sera placée plus haut. La réglementation visera une performance globale, alliant construction durable, résilience climatique et adaptation aux nouveaux usages. Les professionnels devront démontrer la cohérence de chaque projet avec les référentiels français et européens, tout en anticipant l’évolution des attentes de la société et des politiques publiques.
Trois axes se dégagent pour l’avenir :
- Neutralité : viser zéro émission nette de gaz à effet de serre.
- Biodiversité : replacer la nature au cœur des opérations immobilières.
- Économie circulaire : réduire l’extraction de ressources, encourager la réutilisation des matériaux.
La réglementation façonne ainsi un secteur immobilier qui n’a d’autre choix que d’innover, de s’engager et d’assumer ses responsabilités. Les prochaines années s’annoncent décisives : le bâtiment français s’invente un nouveau visage, à la croisée de l’exigence environnementale et de l’audace collective.

